TRADUCTION | Cigars and Spirits Magazine | Sam Heughan, l’acteur en pleine ascension se lance dans le whisky

 

 

Article paru dans l’édition de Mai 2020 du magazine Cigar and Spirits – écrit par Joe Bosso / Photos par John Russo

Traduction en français de l’interview de Sam Heughan : Maya J. | Relecture : Aurélie

 

A la façon « Hollywood », Sam Heughan a son moment de gloire. L’acteur écossais de 39 ans, joue le courageux personnage de Jamie Fraser, le héros Highlander du XVIIIe siècle dans la série dramatique de la chaîne Starz : Outlander. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles la série, maintenant dans sa sixième saison (ndlr :en ce moment, c’est plutôt la 5e !) , est devenue l’une des séries que les réseaux câblés de TV convoitent le plus.

Les téléspectateurs ne regardent pas la série passivement, ils la dévorent dans des marathons répétés et parfois ininterrompus avec la même ferveur habituellement réservée à une série comme Game of Thrones ou Breaking Bad ; ils envahissent les réseaux sociaux pour disséquer les moindres détails d’un récit; ils sautent sur les accessoires liés à  Outlander.

Et Sam Heughan est au centre de cette agitation. Tous ses faits et gestes sont suivis en ligne par des légions de fans qui se font appeler «Heughligans»; les places aux conventions ComicCons se vendent instantanément et ses apparitions  provoquent des bousculades parmi les passionnées de selfies.

«Parfois, j’ai l’impression d’être dans un TGV», dit Sam Heughan en sirotant un Bloody Mary dans le bar du Beekman Hotel de Manhattan. Habillé de façon décontractée, ses cheveux blonds bien coupés contrastent vraiment avec les mèches rousses indisciplinées de Jamie Fraser.

Il fait de son mieux pour paraître modeste et discret; néanmoins, il dégage une aura puissante propre aux mégastars, attirant plus que les regards blasés des New Yorkais habitués aux célébrités.

“C’est incroyable ce qui se passe, et j’essaie de faire le mieux possible avec les occasions qui me sont offertes”. Il rit, puis ajoute: «Mais croyez-moi, je suis réaliste. Je sais très bien que cela peut s’arrêter d’un moment à l’autre »

La modestie de Sam Heughan ne sonne pas faux et c’est sans doute dû en grande partie au fait que sa carrière n’a pas atteint son véritable essor avant la trentaine. «Je prends mon temps», dit-il.

«J’étais un acteur occasionnel. J’ai fait du théâtre et j’ai joué des rôles dans des drames britanniques. Je suis venu en Amérique à plusieurs reprises et j’ai passé des auditions pour de grandes séries et des films, mais ça n’a jamais marché.».

Au cours d’un séjour aux États-Unis qui s’est avéré infructueux, il est reparti au Royaume-Uni et a envisagé de tout arrêter. «J’étais sans le sou et je pensais que je n’avais plus qu’à travailler dans un bar, mais ensuite l’audition pour Outlander est arrivée, et puis vous connaissez l’histoire… » Il y a deux ans, Sam Heughan s’est fait remarquer dans un rôle aux côtés de Mila Kunis et Kate McKinnon dans le film « L’Espion qui m’a larguée ». Cette année, il va encore plus loin en apparaissant aux côtés de Vin Diesel dans « Bloodshot » , avec « SAS: Red Notice » un thriller à venir il est en tête d’affiche et il nous surprend en jouant Paul Newman dans un biopic sur Roald Dahl et Patricia Neal, « An Unquiet Life » .

Dernièrement,  Sam Heughan a fait exploser les paris en ligne tout en tenant les journalistes britanniques en haleine à propos d’un rôle possible.

« Oh, oui – Bond » , dit-il riant de bonne humeur. «Prenons ça avec un gros point d’interrogation. C’est flatteur, bien sûr, mais je pense que cela fait partie de «l’effet Outlander » – les gens ont commencé à voter dans les sondages. »

Il réfléchit, puis se lance.

«Ecoutez, ce serait génial si ça devait arriver. Mis à part Sean Connery, aucun autre Écossais n’a joué le rôle, ce serait donc incroyable. C’est drôle, j’ai auditionné il y a quelque temps. Pour le 21ème Bond, ils envisageaient un personnage plus jeune, alors j’ai auditionné . Ils avaient le pistolet d’or sur la table, ce qui était plutôt cool. Si quelque chose se passe… on  verra bien.”

Que le coup de téléphone pour Bond arrive ou non, le « carnet de bal » de Sam Heughan est complet pour un bon moment  En plus d’être un des producteurs de Outlander , il développe des projets de films et de télévision, et il a même lancé une marque de whisky appelée « The Sassenach » via sa propre compagnie :  Great Glen Company, qui fait la promotion de produits écossais authentiques. (Les fidèles téléspectateurs d’Outlander reconnaîtront «Sassenach» comme le surnom que Jamie Fraser donne à Claire, incarnée par Caitriona Balfe.)

«Je suis très excité par The Sassenach», souligne Sam Heughan. «J’ai une passion de longue date pour le whisky, donc c’est génial de pouvoir partager cela avec les gens. Mais ça fait également partie de la façon dont j’essaie de gérer cette période de ma vie. Je n’attends pas que les choses me tombent dessus,  je veux être actif et poser des bases solides. Vous attendez longtemps un moment comme celui-ci et vous devez en profiter au maximum. »

 

L’INTERVIEW

C&S : En en grandissant le métier d’acteur vous a-t-il toujours attiré?

Sam J’aimais bien le sport, mais pas de façon intensive.  Je suis tombé amoureux du métier très tôt et j’ai rejoint un théâtre pour les jeunes. J’ai été figurant pendant longtemps, et je me tenais dans les coulisses et regardais les autres acteurs, émerveillés par ce qu’ils faisaient. Cette magie m’a tout de suite fasciné et ne m’a jamais quittée.

C&S : Y a-t-il eu des acteurs qui vous ont influencé à vos débuts ?

Sam : Il n’y a jamais vraiment eu de vedettes du cinéma ou de la télévision, c’était un monde à part. J’ai été vraiment impressionné par les comédiens de théâtre écossais.  Je me souviens que je travaillais comme machiniste dans un théâtre et je portais  un grand panneau mais j’étais tellement absorbé par les acteurs que je l’ai fait tomber sur la main d’un autre machiniste qui a dû aller à l’hôpital. J’ai alors réalisé que je devais absolument essayer de me faire une place sur la  scène, et  jouer aux côtés de ces gens qui m’hypnotisaient.

C&S : Comment décririez-vous votre formation d’acteur? Shakespearienne traditionnelle? 

Sam : J’ai fréquenté  ce qui est désormais le Royal Conservatory of Scotland. Il s’agissait en grande partie d’une formation classique basée sur Stanislavski, mais on touchait à tout.  J’ai eu beaucoup de chance: j’ai joué dans une pièce de théâtre au Traverse Theatre  d’Édimbourg, qui a ensuite été reprise au Royal Court à Londres, et pour moi, c’était très formateur. C’était génial d’être sur scène tous les jours dans quelque chose de brillant, d’apprendre mon métier et de comprendre ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Ensuite j’ai trouvé un très bon agent et les choses ont commencé à se préciser.

C&S : Est-ce que jouer la comédie était naturel pour vous ?

Sam : Au début, j’étais très mauvais. Je le suis toujours ! [Rires] Mais c’est comme tout – vous apprenez tous les jours. Je pense que je suis un acteur instinctif. Certains acteurs décortiquent les choses très méthodiquement, moi je réagis en quelque sorte au moment présent. J’ai toujours l’impression de tout inventer au fur et à mesure.

C&S : Outlander a un public énorme, mais ce n’est un secret pour personne que vous avez un nombre important de fans féminines. Ce genre d’adoration ne devient-elle pas trop pesante?

Sam : C’est très intense. Je pense que nous devons faire attention à  cela, autant les  acteurs masculins que féminins. Je crois que les fans aiment surtout Jamie Fraser, ce personnage étonnant que Diana Gabaldon a créé, mais ce n’est pas vraiment moi. Moi, je suis juste heureux de donner vie à ce personnage. En vérité, je ne pense pas que ce soit sur moi que les fans se focalisent; ils réagissent à Jamie. Tout le monde veut se marier avec lui.

C&S : Je suis curieux de savoir comment vous êtes entré dans la tête de Jamie Fraser. Vous êtes un homme de votre temps et lui, c’est vraiment un homme de son temps. Comment êtes-vous entré dans sa façon de penser ?

Sam : Il y avait tant de matière à exploiter dans les livres de Diana. C’est une excellente source d’information, et je peux toujours aller vers elle si j’ai besoin d’un peu de recul. Jamie est en fait assez avant-gardiste et le personnage de Claire le fait avancer. Il l’éduque également à sa manière : “Ce sont les codes moraux de cette époque”. Il est réceptif aux idées. C’est un homme d’honneur et un homme de parole. Pour moi, c’est tout à fait remarquable, surtout à notre époque.

Il y avait aussi certains aspects physiques du personnage que je devais maîtriser, et plusieurs choses que je n’avais jamais faites auparavant, comme monter à cheval et parler le gaélique. Je suis allé en  formation pour les deux, et ce fut un apprentissage très rapide parce que nous devions commencer à tourner. Parfois, les acteurs trichent un peu, mais ce n’était pas facile. Jamie Fraser monte à cheval; il parle le gaélique comme première langue. Je devais être authentique.

C&S : En plus de l’équitation, vous faites beaucoup de choses physiques dans la série – des scènes de bataille et des combats à l’épée. Où les producteurs fixent-ils la limite des cascades que vous ne pouvez pas faire ?

Sam : Ils essaient de fixer des limites. Nous avons une équipe de cascadeurs incroyables et nous avons des doublures pour à peu près tout le monde si cela est nécessaire. Ils montent  à cheval généralement quand on a besoin de nous ailleurs. Je fais la majorité des scènes à cheval et des scènes de combat.  C’est pendant les périodes de repos que les producteurs s’inquiètent. On n’est pas censé aller faire du ski ou du parachutisme ou des trucs comme ça.

C&S : Vous vous intéressez aux motos, je crois ?

Sam : Oui. Ils n’aiment pas ça non plus. Ils ferment les yeux. 

C&S : Parlons un peu plus de votre travail cinématographique. L’année dernière, vous étiez dans le film « L’Espion qui m’a larguée » .

Sam : C’était fantastique. C’était mon premier film hollywoodien, ma première vraie comédie. J’ai pu travailler avec des gens incroyables comme Kate McKinnon – elle sait tout faire. Vraiment tout. Pour vous dire : quand nous tournions à Budapest, elle a appris le hongrois.

C&S : Comme tout un chacun !

Sam :– exactement ! En l’espace de deux semaines, elle parlait couramment le hongrois. C’était incroyable. Je me suis mis beaucoup de pression pendant cette période. J’ai eu quelques offres, et j’ai intentionnellement recherché quelque chose d’aussi éloigné d’ Outlander que possible. Pas de trucs d’époque ni de perruques rousses. C’est ce que j’essaie de faire entre deux saisons.

C&S : Cette année, vous avez tourné dans « Bloodshot » avec Vin Diesel et vous êtes en tête d’affiche de « SAS: Red Notice ».

Sam : C’est vrai. Je suis vraiment content des deux. « Bloodshot » est un Comics sombre, mais rien à voir avec Marvel ou DC. Il vient de la maison d’édition Valiant. Les héros sont des humains ; il n’y a pas de super-héros, bien qu’ils aient bénéficié de quelques améliorations technologiques. Je joue le rôle d’un paraplégique qui a perdu ses jambes à la guerre, et il a été perfectionné. C’est un rôle vraiment cool.

Et je suis très excité par SAS . C’est inspiré de la vie d’un homme nommé Andy McNab qui est le soldat des forces spéciales le plus décoré du Royaume-Uni. Il est devenu romancier, et c’est le premier de ses livres à faire l’objet d’une série.. Avec un peu de chance, ce pourrait devenir une nouvelle franchise.

C&S : Votre plan est-il d’équilibrer les films à gros budget avec les films indépendants?

Sam : Cela dépend du projet. Le film que je viens de faire dans lequel je joue Paul Newman m’a immédiatement intéressé. Jeune, j’étais un grand fan de Roald Dahl et j’ai adoré ses histoires. Le film parle de lui et de sa femme, Patricia Neal après la perte de leur fille. Pendant ce temps, il écrivait « Charlie et la chocolaterie » , et elle a fait le film « Le Plus Sauvage d’entre tous » avec Paul Newman. L’interpréter était un vrai défi. Vous pourriez passer toute une vie à faire des recherches sur lui. J’ai vu beaucoup de ses films et j’ai passé pas mal de temps à jouer au billard. C’est drôle, parce que je ne pense pas que je lui ressemble, mais j’ai essayé de capturer son « esprit ».

C&S : J’ai cru comprendre que vous appréciiez un bon cigare.

Sam : Je suis un amateur de cigares, oui. Je les aime vraiment. J’aime bien un « Romeo y Julieta » ou un  « Partagas ». J’adore un bon « Churchill ». J’aime fumer un bon cigare pendant les moments de repos, quand je me détends, généralement avec un whisky. Quand j’étais en Afrique du Sud, je fumais beaucoup de cigares. Ils avaient de très belles sélections là-bas et de supers whisky aussi.

Ces dernières années, j’ai commencé à me mettre au cigare avec un ami. En général, je n’aime pas les cigares très forts, mais si vous me donnez quelque chose de doux, je serai très heureux. C’est une expérience agréable et amusante. Et je vois de plus en plus de femmes se mettre au cigare – c’est assez intéressant.

C&S : Écossais et whisky – les deux sont-ils indissociables ?

Sam : Comme une marque de naissance ? Ce n’est pas  loin de ça. Certaines personnes mettent du whisky sur les gencives des bébés lorsqu’ils font leurs dents; cela peut aider à les apaiser. Je pense que ma maman m’en a donné quand j’étais jeune. Cela fait partie de notre culture et de notre patrimoine, et je crois qu’il a des vertus médicinales. Il y a quelque chose de magique là-dedans. Nous l’appelons «l’Eau de la Vie» – c’est la traduction gaélique.

Le plus drôle, c’est que je me suis intéressé au whisky quand j’ai quitté l’Écosse pour m’installer à Londres. Je me souviens que j’avais le mal du pays et je suis allé dans un bar avec un ami et j’ai commandé un « Dalwhinnie ». C’était extraordinaire, car je me suis sentie très ému, du genre « Oh, mon Dieu. C’est tellement bon ! » Dès lors, je suis devenu accro, et c’est ce qui m’a amené à créer mon propre whisky, « The Sassenach » – l’esprit de la maison- C’est quelque chose que je voulais que les gens expérimentent lorsqu’ils le boivent. Il vous transporte en Ecosse.

C&S : Contrairement à certaines stars qui se contentent d’associer leur nom à un produit, vous êtes très impliqué dans la création de « The Sassenach ».

Sam : A chaque étape. Ce n’était pas uniquement mettre «ma marque»; je voulais créer quelque chose dont j’étais fier. Il est financé de façon indépendante, nous sommes donc petits. La première édition sera de 10 000 bouteilles. De l’idée de départ au mélange en passant par la bouteille et l’étiquette, j’ai été impliqué à chaque étape. Cela prend beaucoup de temps: quand j’étais sur le plateau il arrivait que les gens me demandent : « Pourquoi es-tu constamment sur ton téléphone? » je travaillais sur mon whisky. Il y a énormément de paramètres à gérer.

 C&S : J’ai lu que votre plan était de «réactualiser» la saveur du whisky écossais. Qu’est-ce que cela signifie exactement?

Sam : C’est un mélange plus fort que beaucoup des grands noms de  vos whisky. Il est audacieux et plein de caractère. Il est très écossais, mais en même temps, il n’est pas enraciné dans la tradition. Ce n’est pas le genre de whisky que l’on trouve dans les vieilles bouteilles poussiéreuses. Nous voulions qu’il soit accessible aux plus jeunes qui ne sont peut-être même pas encore amateurs de whisky, donc du goût à la conception de la bouteille, nous avons été très avant-gardistes.

C&S : La bouteille est très élégante. Elle ressemble à une carafe.

Sam : C’était l’idée. Je voulais quelque chose de très esthétique. Et pourquoi pas un gin ? C’est au stade de la réflexion en ce moment. On en parle. Nous avons quelqu’un avec qui nous voulons travailler, mais il y a autre chose que nous voulons faire avant. Nous verrons bien. Quoi que je fasse, je veux y consacrer le même temps et le même dévouement. Je ne veux rien faire si je ne peux pas en être fier et le garantir à 100 %.

 

Traduction : Maya J. | Relecture : Aurélie

 

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One comment

  1. Merci beaucoup à vous deux pour cet BEL interwiu et sa traduction ! Tout Sam y est !
    Mon admiration se confirme. Et si même, comme il dit, les fans seraient “amoureuses” de Jamie comme personnage plus que de l’acteur, qu’il en soit rassuré, moi c’est l’homme qui me fascine, quoi qu’il fasse. Tout bon acteur transpire un peu de lui même dans ses rôles fictifs, le complement des deux forge l’admiration et, parfois ” l’addiction” (qu’on connait bien), des téléspectateurs qui n’est pas nécessairement courante pour tout acteur. Forcément, il doit faire partie d’ une élite bien sélective pour nous offrir celà et, pour ce qui me concerne, je n’ai aucun doute en propos. Encore merci et à bientôt.

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